HOMO BOTANICUS (UNIVERSALIS)

 

"On est jardinier et on va mourir idiot"

Cette phrase curieuse prononcée par l'un des protagonistes de "Homo Botanicus" résume assez bien le propos du film. Le monde végétal est tellement vaste et complexe que les professionnels eux-mêmes se sentent désarmés devant l'enjeu qu'il représente pour l'avenir de l'homme et de la planète, surtout lorsque l'industrie qui a envahi le secteur joue aux apprentis sorciers.

Etonnantes "Botaniques"

"Les Botaniques", point de départ du film, ne sont-elles qu'une banale "foire aux plantes" comme il s'en organise un peu partout ? L'ampleur de la manifestation pour une ville de 20 000 habitants est un premier motif d'étonnement. Les visiteurs qu'on y rencontre sont, pour la plupart, des connaisseurs éclairés, amou­reux des plantes. Les exposants enfin viennent souvent de très loin, présentent une grande variété de collections, dont beaucoup de plantes rares, toujours cultivées avec un soin méticuleux. Et tous en parlent avec passion 

Producteurs engagés

L'Aspéco, associa­tion des pépiniéristes collection­­neurs, dont Didier Fogaras est le Président, regroupe tous ces producteurs. C'est elle qui organise les Botaniques en liaison avec la Mairie de Plomeur. Sa charte exclut les revendeurs et exige qu'ils s'engagent à maintenir et développer leurs collections. Même si quelques-uns uns ont atteint une dimension qui ne permet plus de les classer comme artisans, tous sont tenus d'offrir des produits de qualité, exempts de toute manipulation.

Appauvrissement progressif

Les étalages pléthoriques des jardineries peuvent faire illusion et laisser croire que le monde végétal s'enrichit sans cesse de nouvelles variétés. Jean Thoby, l'un des fondateurs de l'Aspéco et héritier d'une pépinière créée au 19e siècle, montre au contraire qu'on assiste "à la disparition de 1600 espèces chaque année ". Ce phénomène en partie naturel, inéluctable, est malheureusement amplifié par les pratiques actuelles de sélection en faveur des seuls sujets à haute rentabilité productive.

Pestes végétales

Dès les débuts de l'agriculture, les plantes n'ont cessé d'être échangées et développées partout où le climat permettait leur implantation. Les membres de l'Aspéco sont dans la lignée des chercheurs qui n'hésitent pas, pour certains, à parcourir le globe en quête de sujets susceptibles d'enrichir leurs collections. Pour se défendre de l'accusation de porter atteinte à l'intégrité de la flore locale, ils assurent agir avec discernement en écartant soigneusement ces plantes dites "invasives".

Pépinière en friche faute de repreneur

Dans le contexte économique actuel, certains d'entre eux ont le sentiment de mener un combat d'arrière garde. Ils ont des difficultés à recruter, les jeunes étant plus attirés par les réalisations architecturales et immédiatement visibles des paysagistes, que par les patientes préparations des pépiniéristes. Pour la même raison, ils ont du mal à céder leur entreprise lorsque vient l'âge de la retraite. Ainsi dans le film, on voit Colette, l'une des pionnières de l'Aspéco, à la fin abandonner sa pépinière, faute d'avoir trouvé un repreneur.

Usines à orchidées et tomates sans goût

Mais la grande menace vient de la grande distribution qui exige des produits standardisés, à bas prix, faciles à vendre. Toute une industrie, aux Pays-Bas d'abord, en Extrême-Orient maintenant, s'est montée pour l'alimenter. Le résultat est l'élimination des espèces les "moins rentables" au détriment de la biodiversité et la mise sur le marché de plantes forcées. La culture des orchidées en fournit l'exemple le plus frappant. Produits de luxe devenus objets de grande consommation, elles ont une durée de vie limitée qui les fait entrer dans la logique du "vite acheté, vite jeté".

Le paysan interdit d'utiliser ses propres semences

Exposant aux Botaniques de Ploemeur, Kokopelli est une association de collectionneurs qui pratique les échanges et la vente de graines anciennes. Elle vient d'être lourdement condamné par la justice au motif que ses graines ne sont pas répertoriées au catalogue officiel européen ! Il faut savoir que cette inscription est très coûteuse et n'est supportable que par les semenciers industriels dont la gamme restreinte est composée d'hybrides (résultats de manipulations). Ces produits artificiels qui doivent être rachetés tous les ans pour être réensemencés, interdisent aux paysans de réutiliser leurs propres graines d'une récolte à l'autre. C'est au nom du même principe qu'on a essayé de proscrire le purin d'ortie.

Espoir

Les visiteurs des Botaniques de Plomeur marquent non seulement un intérêt croissant pour les plantes exposées et les explications données par les exposants, mais montrent qu'ils sont attentifs à la préservation de l'environnement. La Directrice du Point Vert local note que ses clients, au fil des ans, depuis les premières Botaniques, sont de plus en plus avertis et "compétents". Est-il utopique de penser que cette conscience nouvelle qui peu à peu se dégage à l'échelle universelle, n'arrive enfin à infléchir le cours des choses ?

HOMO BOTANICUS (UNIVERSALIS) Film de 50 mn. Réalisation Jacques Losay, images et interviews J. Losay et Anne-Marie Forner.  © 2007

 

HOMO BOTANICUS (UNIVERSALIS)

 

Séance du 19 avril film et débat

   

intervention de Jean-Claude Pierre après le film

porte parole du réseau Cohérence

à gauche, Patrick Gargam, Adjoint à l'Environnement, mairie de Ploemeur


 

Dossier presse (articles parus)

                     www.aspeco.net

                    www.kokopelli.asso.fr