Monsieur le Ministre,
Mon Cabinet a été informé de votre souhait de rencontrer les familles des victimes du BUGALED BREIZH et de votre décision rapportée par la presse de « mettre tout sur la table dans cette affaire ».
Monsieur Thierry Lemétayer et Madame Hélène Tille, dont je suis le Conseil, souhaitent néanmoins éviter de se heurter à nouveau à un « mur de caoutchouc » au sens où ces termes ont été récemment employés par Madame Carla Delponte, Procureur près des tribunaux internationaux.
A cette fin, je vous serais obligé de bien vouloir apporter une réponse aux questions suivantes de nature à participer à la manifestation de la vérité indispensable au deuil des victimes :
1/ Pourquoi, le Gouvernement français a-t-il dissimulé pendant une année l'existence de manœuvres sous-marines le jour du naufrage dans la zone où pêchait le Bugaled Breizh ?
2/ Pourquoi, le chasseur de mines Andromède n'a-t-il montré aux témoins présents que le côté tribord de l'épave, ce qui a permis de soutenir pendant plusieurs mois l'improbable thèse du cargo voyou abordeur ?
3/ Pourquoi, le Gouvernement a-t-il abondamment communiqué sur cette thèse contredite par l'avis des professionnels unanimes et le dernier message radio du Bugaled Breizh : « je chavire » ?
4/ Comment expliquer que le Procureur de la République ayant autorisé du renflouement, Monsieur Roland Esch ait été très rapidement muté à Macon dans des conditions exclusives de toute promotion et qu'il ait pu déclarer « je ne pensais pas que les militaires aient pu abuser de ma confiance » et que, à la question de Monsieur Sébastien Turet : - « Avez-vous eu l'impression d'être manipulé » ? Il ait répondu : - « à l'époque non, j'avais confiance dans la Marine, maintenant avec le recul évidemment j'ai cette impression ».
5/ Pourquoi en l'état d'expertises ayant conclu à la responsabilité probable d'un sous-marin, le Procureur de la République a-t-il reçu pour instruction de conclure dans son dernier réquisitoire par :« Les mêmes commissions rogatoires, dépositions, documents et expertises apportent par ailleurs des éléments de réponse en nombre suffisant pour conclure à la survenance d'un accident de pêche, les diligences en cours n'apparaissant plus susceptibles d'infléchir le sens des conclusions formulées ici ».
« Il convient dès lors de se résoudre à ce que les circonstances très exactes ayant présidé à la survenance du naufrage ne puissent être définies avec plus de certitude et de précision, dès lors qu'il n'en résultera aucune mise en cause pénale de quiconque, sauf survenance de charges nouvelles ».
6/ Pourquoi, si le naufrage devait être considéré comme accidentel, a-t-il été donné pour instructions au Parquet Général de requérir le huis clos à la dernière audience de la Chambre de l'Instruction ?
Dès réception de votre réponse, les parties civiles, dont je suis le Conseil, seront heureuses de vous rencontrer pour évoquer avec vous les prochains développements de cette affaire.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma meilleure considération.
Dominique TRICAUD Avocat à la Cour
PS : Votre prise de position et votre invitation ayant été adressées à la presse, ce courrier suivra ce même cheminement.
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